Comment devenir décoratrice d’intérieur et réussir ses premiers projets professionnels ? Anne-Catherine Baccus, fondatrice d’An-K Interior en Belgique, partage son parcours, son quotidien et sa vision d’un métier où créativité, technique et compréhension du client sont indissociables.

Je pense qu’elle a toujours été là, avant même que j’imagine pouvoir en faire mon métier. J’ai toujours été sensible aux lieux, aux matières, aux couleurs et surtout à la manière dont on se sent dans un espace.
Avec le temps, j’ai compris que ce qui m’intéressait le plus n’était pas simplement de créer de beaux intérieurs, mais de comprendre les personnes qui vont y vivre ou y travailler.
Un intérieur peut être très esthétique et pourtant ne pas fonctionner pour ceux qui l’occupent. C’est cette dimension humaine du métier qui me passionne aujourd’hui : écouter, observer, comprendre, puis mettre en musique les envies, les besoins et parfois même ce que le client n’arrive pas encore à exprimer.
J’ai découvert l’Institut de Design d’Intérieur via les réseaux sociaux.
À ce moment-là, j’avais envie d’aller plus loin, de structurer mes connaissances et de me former davantage pour pouvoir faire de cette passion un véritable métier.
Cette formation a fait partie de mon parcours et m’a permis de poser certaines bases, de développer mon regard et surtout de continuer à avancer vers ce qui est aujourd’hui mon quotidien professionnel.
C’est donc assez amusant de me retrouver quelques années plus tard à répondre à cette interview.

J’aime les intérieurs sobres et intemporels, ceux qui peuvent traverser les années sans donner l’impression d’appartenir à une tendance précise.
J’aime particulièrement les matières qui ont une vraie présence : le bois, la pierre, les textiles, les reliefs… Une pierre Patagonia, par exemple, peut presque devenir une œuvre à elle seule. Elle a une identité forte, brute, presque sculpturale.
Je ne recherche pas forcément le minimalisme. J’aime qu’un intérieur reste chaleureux, qu’il ait du caractère, mais surtout qu’il corresponde réellement aux personnes qui l’habitent.
J’aime beaucoup le travail de Caroline Andréoni, autant pour son univers que pour son parcours et la manière dont elle a développé son activité autour de l’architecture intérieure, du mobilier et des créateurs.
Mais mes inspirations viennent finalement de partout : les voyages, les hôtels, les restaurants, les musées, les salons, les visites chez les fournisseurs, une matière découverte par hasard ou simplement un détail aperçu dans la vie quotidienne.
Je pense que dans notre métier, il faut continuellement nourrir son regard.
An-K Interior est un bureau d’aménagement et de décoration intérieure basé à Heusy, en Belgique.
Nous travaillons aussi bien sur des projets résidentiels que professionnels, avec une approche assez globale : réflexion sur les volumes et les circulations, implantation, choix des matériaux et des couleurs, éclairage, mobilier, conception de mobilier sur mesure, plans techniques et accompagnement dans la réalisation du projet.
Nous aimons particulièrement travailler le mobilier sur mesure lorsqu’il permet de résoudre une vraie problématique : optimiser un espace, créer du rangement, intégrer différentes fonctions ou simplement apporter davantage de cohérence à un intérieur.
Mais notre rôle n’est pas de remplir un projet de sur-mesure ou de pièces coûteuses. Nous mélangeons volontiers les gammes de prix et les solutions en fonction du projet et du budget.
Ce qui est essentiel pour moi, c’est que nous ne dessinons jamais un intérieur uniquement pour qu’il soit beau sur une photo.
Il doit fonctionner dans la vraie vie.
Nous essayons vraiment de comprendre comment nos clients vivent, travaillent, reçoivent, cuisinent, rangent ou se déplacent.
Je dis souvent que mon rôle est de mettre leurs envies en musique, de les guider, de les rassurer parfois, mais aussi de les pousser un peu plus loin lorsque je pense que cela peut vraiment apporter quelque chose au projet.

Pour moi, c’est très important.
La décoration et l’architecture intérieure peuvent être des métiers assez solitaires lorsque l’on travaille seul. Être plusieurs permet de partager une idée, de la confronter, de débattre et parfois de repartir dans une direction à laquelle on n’aurait pas pensé seule.
Je trouve cela très dynamisant.
Nous ne sommes pas toujours immédiatement du même avis et c’est justement ce qui est intéressant. Le but n’est pas que tout le monde pense de la même manière, mais que le projet soit meilleur après nos échanges.
Travailler en équipe permet aussi de partager les moments plus compliqués d’un projet. Derrière les belles images, il y a beaucoup de contraintes techniques, d’imprévus et de décisions à prendre.
Toujours, et c’est aussi ce qui rend ce métier passionnant.
Nous travaillons en permanence sur des projets très différents : des maisons, des appartements, des espaces professionnels, des rénovations partielles ou plus globales, mais aussi beaucoup de mobilier dessiné sur mesure.
Cette diversité oblige à continuellement se remettre en question et à ne jamais reproduire exactement la même recette.
L’un des beaux projets de cette fin d’année sera aussi notre participation au Salon Habitat de Liège avec notre partenaire en menuiserie intérieure.
Nous avons justement envie de sortir du stand traditionnel rempli d’échantillons pour créer un véritable espace de vie, chaleureux, dans lequel les visiteurs pourront s’installer, échanger et comprendre notre manière de travailler.
Justement, je ne pense pas qu’il y en ait une.
Une journée peut commencer sur un chantier avec un menuisier ou un électricien, continuer avec un rendez-vous client et se terminer devant l’ordinateur à dessiner un meuble ou à travailler une implantation.
Il faut aussi rencontrer les fournisseurs, découvrir de nouveaux produits, rechercher des matériaux, demander des offres, vérifier des plans, gérer les commandes, les budgets, les plannings et répondre à énormément de mails.
C’est un métier extrêmement varié. Il faut aimer créer, mais aussi organiser, anticiper, communiquer, gérer des imprévus et trouver rapidement des solutions.

Je leur conseillerais d’abord de ne pas se concentrer uniquement sur l’esthétique.
Bien sûr, il faut connaître les matières, les couleurs, les marques, les tendances et développer son regard. Mais cela ne suffit pas.
Il faut apprendre à écouter énormément.
Comprendre rapidement qui l’on a en face de soi, comment cette personne vit, quelles sont ses priorités, ses habitudes, son budget, ses envies et parfois même ses contradictions.
Il faut aussi savoir expliquer et défendre ses choix. Notre rôle est parfois de dire qu’une idée ne fonctionnera pas ou que certains points ne sont pas négociables techniquement. Et cela demande beaucoup de psychologie.
Je conseillerais également d’aller le plus possible sur chantier. C’est là que l’on apprend énormément. Un très beau projet sur ordinateur qui ne peut pas être correctement réalisé reste un mauvais projet.
Et puis il faut accepter de continuer à apprendre en permanence.
Au début de mon parcours, j’ai énormément écouté de podcasts et d’interviews d’architectes d’intérieur, de décorateurs, de marques ou de fournisseurs. Entendre leurs parcours, leurs réussites, leurs erreurs ou simplement leur manière de travailler m’a énormément aidée.
Je pense enfin qu’il ne faut pas chercher trop vite à avoir « son style ». Notre rôle n’est pas de reproduire notre propre intérieur chez tous nos clients. Il faut construire son regard et sa manière de travailler tout en restant capable d’entrer dans l’univers des autres.
Je parlerais davantage de curiosité que de culture générale.
Je ne suis pas une grande connaisseuse en art, par exemple, et je ne suis pas non plus du genre à suivre absolument le travail d’un artiste.
Par contre, je suis très curieuse.
Architecture, photographie, mode, artisanat, design, voyages, gastronomie… Tout peut nourrir un projet.
Une visite de musée peut donner une idée de combinaison de couleurs. Une façade aperçue pendant un voyage peut inspirer le rythme d’un meuble. Une pierre, une œuvre ou un détail découvert chez un fournisseur peut déclencher toute une réflexion.
Je pense qu’il faut apprendre à regarder, à écouter et à rester ouvert.
Et pour moi, le vrai « petit truc en plus » reste la capacité à comprendre les personnes.
On peut connaître toutes les tendances, toutes les marques et tous les designers du moment. Si l’on ne comprend pas la personne qui va vivre dans l’espace, on risque de passer complètement à côté du projet.

Le vert.
C’est une couleur vers laquelle je reviens naturellement dans ma vie personnelle, sans pour autant qu’elle soit particulièrement présente dans mes projets.
Cette nuit qui m’a donné le jour, de Frédéric Perrot.
Ce n’est pas un livre lié à l’architecture ou à la décoration, et finalement je trouve cela assez juste. Toutes nos références ne doivent pas nécessairement venir de notre métier.
Vibia.
J’aime beaucoup leur manière de travailler la lumière. Leurs luminaires ont souvent une présence très architecturale tout en restant sobres et intemporels.
Pour moi, un luminaire ne doit pas uniquement éclairer. La lumière participe complètement à l’atmosphère et à la perception d’un espace.
J’aime aussi énormément Arte, une maison belge avec laquelle nous travaillons régulièrement. Leurs collections permettent de jouer avec les matières, les textures et les reliefs, avec une très grande diversité d’univers.
Je ne dirais pas que j’ai un artiste préféré ou que je suis du genre à suivre toute l’œuvre d’un artiste.
Je suis très sensible aux mises en scène photographiques de David Yarrow.
Mais si je devais citer une artiste dont j’aimerais réellement posséder une œuvre, ce serait Eline Baas.
J’aime cette manière d’apporter de la texture, du relief et de la matière à un mur sans être simplement dans le tableau traditionnel. Ses œuvres dialoguent presque avec l’architecture intérieure.
Je rêve d’ailleurs de pouvoir un jour en intégrer une chez moi.
AD Magazine.
J’aime la diversité de ce que l’on peut y découvrir : des intérieurs, de l’architecture, du mobilier, des designers, des artistes, des hôtels ou des créateurs.
Je n’aime pas suivre uniquement ce qui est « tendance ». Ce qui m’intéresse, c’est plutôt de découvrir des univers différents qui peuvent nourrir ma réflexion et mon regard.

Je pense que l’avenir de notre métier sera paradoxalement de revenir encore davantage à l’humain.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est capable de générer en quelques secondes des images extrêmement séduisantes. Et je pense qu’elle va devenir un très bon outil pour notre profession : pour rechercher, tester, visualiser, organiser ou simplement nous faire gagner du temps sur certaines tâches.
Mais une belle image n’est pas un projet d’intérieur.
L’IA ne rencontre pas le couple qui n’arrive pas à se mettre d’accord. Elle ne voit pas la manière dont une famille utilise réellement sa cuisine. Elle ne ressent pas qu’une personne a besoin d’être rassurée avant d’oser une couleur. Elle ne connaît pas la réalité d’un chantier, les artisans, les imprévus, les compromis ou les limites d’un budget.
Et surtout, elle ne crée pas cette relation de confiance qui permet parfois de comprendre ce que le client souhaite avant même qu’il sache parfaitement le formuler lui-même.
Je pense donc que notre valeur sera de moins en moins de simplement proposer de jolies idées et de plus en plus de savoir écouter, analyser, arbitrer et transformer toutes ces informations en un projet cohérent, réalisable et profondément personnel.
Les outils vont énormément évoluer.
Mais l’humain restera, selon moi, au cœur de notre métier.
An-K Interior
Heusy, Belgique
Tél. : +32 497 06 08 03
E-mail : archi@an-k-interior.be
Site web : www.an-k-interior.be
Instagram : @an.k.interior
LinkedIn : Anne-Catherine Baccus

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